Il était une fois un jeune garçon qui était très pauvre. Il vivait sous les ponts et, pour gagner un peu d’argent, jouait du violon sur la place du village. Il n’était pas malheureux et même plutôt heureux, car il faisait ce qu’il préférait au monde, jouer de la musique. Seulement un hiver, le temps fût si glacial que les villageois sortirent à peine de chez eux. Le jeune garçon lui, continua de jouer malgré le vent, la pluie et la neige, mais il ne gagna plus assez de pièces pour pouvoir se nourrir. Au bout de quelques jours sans manger, son ventre le tiraillait tellement, qu’il n’eut pas le choix, il dû de se résigner à vendre son précieux violon. Frigorifié et affamé, Il se rendit chez un brocanteur et se sépara la boule au ventre de son instrument. En échange, il demanda un peu de nourriture et un costume neuf. Une fois le ventre plein, il enfila son nouvel habit et alla frapper à chacune des portes du village pour proposer ses services en tant que domestique. Malheureusement, soit les villageois n’avaient pas les moyens de l’engager, soit ils avaient déjà des domestiques. Le jeune garçon allait baisser les bras, quand son regard tomba sur une dernière maison cachée entre les pins en haut de la montagne. Elle était très vieille, très grande et très biscornue. Aucun villageois n’osait s’en approcher tant elle était effrayante et des histoires plus horribles les unes que les autres circulaient à son sujet. Mais pour le jeune garçon, c’était son dernier espoir. Il voulait tenter sa chance. Il gravit la montagne avec son beau costume et arriva devant la porte de la maison biscornue. Il y toqua trois fois. Une Vieille Dame lui ouvrit. Elle était toute voutée et tenait debout grâce à une canne. Son teint était pâle et ses yeux aussi noirs que ceux d’un corbeau. Le jeune garçon lui proposa ses services, et, comme la santé de la Vieille Dame n’était plus très bonne, elle le fit entrer sur le champ. Elle l’amena dans le jardin, devant un atelier en bois et lui dit : « Si tu veux rester ici, il y a trois règles à respecter. La première, n’importune jamais mon mari, il aime être seul et se mettrait dans une colère noire si jamais tu osais lui parler ! ». À travers les carreaux de l’atelier, le jeune garçon aperçut un Vieil Homme qui bricolait à son bureau, le visage triste et le regard éteint. La Vieille Dame fit signe au jeune garçon de la suivre dans la maison et ils s’arrêtèrent devant l’une des portes du premier étage. Elle reprit : « Voilà la deuxième règle : derrière cette porte, se trouve l’ancienne salle de musique de mon mari, elle ne contient que des vieilleries. Ne touche jamais à rien et n’y fais surtout pas le ménage. Tu n’as pas de temps à perdre avec ces sornettes, tu auras suffisamment de travail partout ailleurs ! ». Pour terminer, elle l'emmena en bas d’un long escalier menant au grenier : « La troisième et dernière règle est la plus importante : Tu ne devras jamais, au grand jamais entrer dans le grenier ». Toutes ces règles ne rassurèrent pas le jeune garçon, mais, comme c’était pour lui l’unique façon de survivre à l’hiver, il les accepta, et fût engagé. *** Il passa sa première nuit sur une paillasse et commença à travailler dès le lever du jour. Il prépara le petit déjeuner puis s’occupa de la vaisselle, du linge et enfin de la poussière. En traversant la maison, il passa devant l’ancienne salle de musique et les règles de la Vielle Dame lui revinrent en mémoire : "Ne touche jamais à rien et n’y fais surtout pas le ménage." Mais, pensa-t-il, elle ne lui avait pas interdit d’entrer et d’y jeter un coup d’oeil ! Il pénétra dans la pièce et referma la porte derrière lui. Il découvrit émerveillé une dizaine d’instruments de musique et de partitions éparpillés dans la pièce, sous une couche énorme de poussière. Une trompette, une harpe, un orgue, des cymbales, un harmonica, une flûte, une guitare, un piano et enfin un magnifique violon. Il s’approcha du violon, et ne pût s’empêcher de le poser sur son épaule. De sa main libre, il prit l’archet et avec effleura avec les cordes du violon. Des notes douces et tristes à la fois en jaillirent, au plus grand bonheur du jeune garçon. C’est alors qu’une chose surprenante se produisit : au loin, des notes d’accordéon répondirent à celles du violon. Elles semblaient provenir du plafond. Surpris, le jeune domestique regarda au dessus de lui. Ne voyant rien, il recommença à jouer, et, une nouvelle fois, l’accordéon reprit. Le jeune garçon allait continuer quand il entendit les bruits de pas de la Vielle Dame se rapprocher. Il reposa le violon, sortit de la pièce et tomba nez à nez avec la Vieille Dame. Elle planta ses yeux de corbeau dans le regard terrorisé du jeune garçon : - « Que faisais-tu dans cette pièce ?! Je t’ai pourtant interdit d’y faire le ménage ! Tu n’as touché à rien j’espère ? ». Le jeune domestique réfléchit vite pour trouver une solution qui le sortirait de là. Il répondit en balbutiant : - « Je suis entré dans cette pièce car j’ai cru voir une souris s’y faufiler et je voulais vous en débarrasser. Malheureusement elle s’est échappée. Mais je n’ai touché à rien je vous assure ». La Vieille Dame rétorqua : - « Il n’y a pas de souris dans cette demeure. Je te donne un premier avertissement, la prochaine fois que tu me désobéis, c’est la porte. » Le jeune garçon n’osa rien répondre, il hocha la tête et se remit au travail. *** Les jours passèrent, le jeune domestique faisait bien son travail et la Vieille Dame en était satisfaite. Un soir, elle lui dit : - « Je dois m’absenter quelques heures, pendant ce temps occupe toi de la maison et du repas. Je serai revenue pour le diner ». À peine la Vieille Dame partie, toutes les pensées du jeune garçon se tournèrent vers les mystérieuses notes d’accordéon qu’il avait entendues dans dans la salle de musique. Il avait promis à la Vieille Dame de respecter ses règles et de ne rien toucher, mais il se dit qu’elle serait bien loin et qu’elle ne pourrait pas le voir. Son mari lui, travaillait dans l’atelier au fond du jardin et serait trop loin pour entendre quoi que ce soit. Fort de sa décision, le jeune garçon se dirigea vers l’ancienne salle de musique et y pénétra à pas de loup. Il saisit le violon et commença à jouer quelques notes. Puis s’arrêta et écouta. L’instant d’après, des notes d’accordéon lui répondirent. Le jeune domestique sortit dans le couloir et se remit à jouer. L’accordéon se mêla au son du violon et ils jouèrent ensemble. Le jeune garçon fut guidé par la mélodie et se retrouva en bas des marches du grenier. Il les gravit une à une et s’arrêta tout en haut, face à la porte. À ce moment là, l’accordéon s’arrêta et le jeune garçon baissa son instrument. Il essaya d’ouvrir la porte mais elle était fermée à clef. Il se pencha et demanda doucement : - « Est-ce qu’il y a quelqu'un ? ». Aucune réponse. Le jeune domestique était tellement intrigué par cette mélodie qu’il en oublia la dernière règle de la Vieille Dame. Il sortit une tige en fer de sa poche, crocheta la serrure et pénétra dans le grenier. La pièce était si sombre et si poussiéreuse qu'il ne vit d'abord rien, puis ses yeux s'habituèrent peu à peu à l'obscurité. Il distingua alors des vieux meubles et des affaires entassées un peu partout. Soudain, quelque chose bougea derrière un des vieux fauteuils. Le jeune domestique s'en approcha et regarda derrière. Ce qu’il vit le laissa sans voix. Une jeune fille terrifiée et recroquevillée sur elle-même se tenait devant lui. À ce moment précis, la porte du grenier claqua et fut verrouillée à double tour. Le jeune garçon se rendit compte qu’il n’avait pas vu le temps passer et qu’il avait manqué l’heure du repas. Il se précipita vers la porte pour essayer de l'ouvrir et cria : - « Ouvrez-nous ! S'il vous plait ! » La Vieille Dame répondit : - « C’est la deuxième fois que tu me désobéis ! Tu n’auras que ce que tu mérites. Tu vivras enfermé toute ta vie avec ce "Monstre" ! Tant pis pour toi ! ». Sur ces mots, le jeune garçon se retourna vers la jeune fille. Elle s'était redressée et il la distingua mieux. Ses longs cheveux noirs descendaient en dessous de ses épaules, son teint était aussi blanc et lisse que de la porcelaine et ses yeux étaient d’un bleu plus profond que celui des océans. Tout à coup, la lumière de la lune vint éclairer son corps. Le cœur du jeune domestique faillit s’arrêter en le découvrant. Car à la place du ventre de la jeune fille, il y avait un accordéon. Un boitier avec des touches de piano cachait sa poitrine tel un joli bustier, et un autre boitier avec des petites touches rondes lui faisait comme une petite jupe. Le tout était relié par un soufflet qui ondulait doucement au rythme de sa respiration.