Il était une fois, une famille d’aristocrates qui vivait dans un grand château, avec ses fidèles domestiques.
 
Les fêtes de Noël approchant et les taches s’accumulant, ils embauchèrent une nouvelle servante.
 
Elle était petite et frêle, un peu empotée, mais très motivée. Elle fut bien accueillie par les domestiques, qui lui expliquèrent tous les rouages de la maison.
 
***
 
Le matin de Noël, la jeune fille du château sonna la petite servante dans sa chambre.  
 
Elle la reçue, magnifiquement apprêtée et lui expliqua avec enthousiasme qu’elle souhaitait transformer sa vie en lui faisant rejoindre le monde de la noblesse.
 
La petite servante n’eut pas le temps de dire un mot, que la jeune aristocrate était déjà en train de la déshabiller. Elle lui enfila une sublime robe, releva ses cheveux en un joli chignon, la maquilla légèrement, la para de bijoux puis disposa autour d’elle un léger nuage de parfum. Jamais personne ne s’était ainsi occupé d’elle…
 
Lorsqu’elle vit son reflet dans le miroir, qu’elle découvrit son visage radieux, ses cheveux scintillants et cette robe qui lui allait si parfaitement, elle se trouva jolie pour la première fois de sa vie. Elle réalisa avec émotion la chance qu’elle avait et remercia, les larmes aux yeux, la jeune aristocrate.
 
***
 
Ainsi parées, les deux jeunes filles descendirent au salon pour le repas de Noël.
 
La petite servante fut présentée à tous comme une amie de la jeune aristocrate.
 
N’ayant jamais eu d’amie, elle fut extrêmement émue d’apprendre qu’elle en avait désormais une.
 
La table de Noël était resplendissante. Les bougies faisaient scintiller de mille feux la vaisselle et les verres de cristal. Les domestiques s’affairaient autour de la table, apportant sans cesse de nouveaux mets délicieux et prenant soin de satisfaire chaque invité.
 
La petite servante prit rapidement goût à tout ce luxe, cette abondance et ces nouvelles règles. Elle s’y sentit bien et à sa place. De sorte que, lorsque les domestiques la servirent, elle ne leur prêta pas attention et ne les remercia pas.
 
***
 
Lorsque la soirée prit fin, les deux jeunes filles remontèrent dans la chambre.
 
La petite servante aida la jeune aristocrate à se dévêtir puis resta plantée au milieu de la pièce, ne sachant que faire.
 
La jeune aristocrate la pria alors froidement de lui rendre ses habits et ses bijoux puis de disposer.
 
La petite servante, ayant peur de comprendre, commença à retirer maladroitement sa robe.
 
Voyant sa tête décomposée, la jeune aristocrate s’esclaffa : « Que t’es tu imaginée ? Noël ne dure qu’un seul jour ! »
 
La petite servante, baissa le tête et sortit de la chambre, à moitié habillée et complètement humiliée.
 
Quand elle descendit en cuisine, tous les domestiques l’évitèrent du regard et aucun ne lui adressa la parole. Ils sortirent de la pièce et la laissèrent seule face à elle-même.
 
La petite servante, la boule au ventre, imaginait déjà la famille de la jeune aristocrate, féliciter cette dernière pour la bonne action qu’elle avait faite pour Noël. Mais surtout, pour avoir permis à une servante de connaître, au moins un jour dans sa vie, le "véritable bonheur".
Fin